Anonyme
Anonyme a posé la question dans SantéSanté mentale · il y a 4 semaines

Comment le salarié peut-il se reconstruire suite à un  ? ?

Le harcèlement moral est destructeur pour le salarié qui en est victime, la personne harcelée n’est en général pas soutenue par sa hiérarchie ou par ses collègues qui préfèrent généralement « fermer les yeux ». Elle se retrouve alors dans une très grande solitude  et perd peu à peu tous ses repères : elle ne parvient plus à juger si ce qu’on lui fait et ce qu’on lui demande est « normal » ou pas, juste ou injuste, si elle est fautive ou pas, si elle fait bien son travail ou pas etc… Elle pense qu’elle est pour quelque chose dans ce qui lui arrive, elle perd l’estime d’elle-même et sa confiance en elle.

Ce qui rend malade c’est la solitude associée à que ce que l’on subit. En réaction, elle développe la plupart du temps ce qu’on nomme une « hyperactivité réactionnelle », c'est-à-dire qu’étant dans le doute sur ses compétences et la qualité de son travail, elle se met à travailler de plus en plus en pensant que cela lui évitera les critiques.

Plus la situation de harcèlement a duré, plus cela atteint profondément la confiance et donc les possibilités de reconstruction du salarié.

Mise à jour:

Il  aura éprouvé une fois la violence et l’effroi, la peur sur son lieu de travail. Enfin, il aura souvent connu la trahison de ceux qui n’ont rien fait pour que tout cela s’arrête rapidement. Il y a donc quelque chose de brisé dans l’expérience qu’il a de son travail. Cela constitue un traumatisme psychologique dont les effets sur la santé et les symptômes peuvent se faire sentir pendant longtemps.

 

Mise à jour 2:

 de plus il n’a souvent pas de preuves et donc des difficultés à se faire entendre (on risque de ne pas le croire, de l’accuser d’interpréter les faits).

C’est sa confiance en lui et dans le monde du travail qui est ébranlée. il est essentiel de parvenir à restaurer sa confiance et son estime de soi. Cela passe par une analyse et une compréhension du processus de harcèlement, de ses rouages et de ce qu’on a vécu dans sa situation. C’est un travail difficile à faire tout seul.

Mise à jour 3:

Attention, seul un juge peut qualifier des faits de « harcèlement » et déclarer que quelqu’un est victime de harcèlement moral à son travail. Il faut donc faire attention à l’utilisation du terme « harcèlement » dans le langage de tous les jours. Pour ma part, je préfère parler de « maltraitance ».

Mise à jour 5:

N.B. : Dans toutes les souffrances au travail, et en particulier en cas de trop forte pression professionnelle, si le stimulus cesse, la souffrance cesse et la personne peut recouvrer son état normal. Le harcèlement moral, au contraire, laisse des traces indélébiles qui peuvent aller du stress post-traumatique à un vécu de honte récurrent, ou même à des changements durables de la personnalité.

Mise à jour 6:

La dévalorisation persiste, même si la personne est éloignée de son agresseur. Elle porte une cicatrice psychologique qui la fragilise et l’amène à vivre dans la crainte et à douter de tout et de tout le monde.

La conséquence de la reviviscence est la désillusion : la victime est rabotée, usée et minée par le souvenir des événements, jusqu’à perdre toute illusion et tout espoir. L’écroulement narcissique est d’autant plus fort que la personne avait surinvesti son travail affectivement.

Mise à jour 7:

Ce qui fait la singularité des tableaux de harcèlement par rapport aux autres formes de souffrance au travail, c’est la prédominance de la honte et de l’humiliation. Cela va de pair avec une absence de haine envers l’agresseur : les victimes veulent seulement être réhabilitées et récupérer leur honneur bafoué ; c’est cela qui explique leur envie de se cacher, de se retirer du monde.

Mise à jour 8:

La honte explique la difficulté qu’ont les victimes à s’exprimer, la réalité est souvent pire que ce que les victimes racontent dans un premier temps, car elles ne trouvent pas les mots. Une agression dont on réussit à se défendre, même tardivement, ne produit pas tant d’effets à long terme.

Mise à jour 9:

Ce qui blesse, en définitif, c’est n’avoir pas su (ou pu) faire ce qu’il fallait pour arrêter le processus, ce sont les humiliations subies en faisant bonne figure, les messages venimeux qu’on n’a pas décryptés à temps. La honte vient de ce qu’on n’a pas su ou pu réagir.

Ce qui rend malade, c’est l’incompréhension, ce sont les discours faux destinés à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mise à jour 10:

des injonctions paradoxales (dire une chose et exprimer son contraire, par exemple) sont souvent utilisées comme technique de harcèlement. Il s’agit d’empêcher l’autre de comprendre, de le paralyser. On lui reproche de ne pas travailler, mais on ne lui donne pas les moyens de travailler ; ou bien, on lui prescrit  une tâche dont tout le monde sait qu’elle est inutile. Ainsi il doute de sa santé mentale, ce qui est suffisamment éprouvant.

Mise à jour 11:

cela peut être aggravé par un comportement inconscient de collègues qui font comme rien ne s’était passé ou qui, au contraire, laissent entendre qu’on doit bien y être pour quelque chose pour être traité ainsi ; c’est invivable. Les personnes, dans ces conditions, sont obligées de décompenser d’une manière ou d’une autre.

Le passage à l’acte agressif est la conséquence directe de la perte de sens et de l’impossibilité de se faire entendre.

Mise à jour 12:

ces actes impulsifs se retournent toujours contre l’employé, trop réactif, qui passe pour caractériel.

« on peut guérir d’un coup d’épée mais pas d’un coup de langue » (proverbe mossi). Ainsi quand le but de l’agression est de détruire l’autre, de le priver de son identité, on n’a, pour se protéger, que deux solutions :- Se dédoubler (dissociation)- Ou bien renoncer à son identité.

Mise à jour 13:

Ces événements provoquent une rupture ; plus rien ne sera jamais pareil. On en ressort changé. Ce changement se fait parfois dans un sens positif, comme un apprentissage (prudence/méfiance dans les situations analogues). Mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Deux registres d’évolution sont possibles : la dévitalisation et la rigidification.

Mise à jour 14:

1 - La dévitalisation

La personne harcelée s’installe dans une névrose traumatique et son état dépressif devient chronique. C’est comme si elle n’arrivait pas à se désengluer de l’emprise. Elle rumine la situation et devient comme écrasée, perdant tout élan et toute étincelle de vie. Il n’y a plus aucun mouvement en elle puisque la personne est figée, parfois définitivement.  Dans une autre culture, on dirait qu’elle et « possédée » ou bien « envoûtée »

Mise à jour 15:

2 - La rigidification

D’autres fois, les personnes harcelées évoluent vers une rigidification de leur personnalité et des trait paranoïaques.

il est facile de passer d’une méfiance légitime à une paranoïa induite. La limite est subtile et bien souvent, vient fausser le diagnostic. Pourtant, ce serait un abus de savoir psychiatrique que d’attribuer ces troubles à une pathologie antérieure. Quand la confiance est bafouée, quand on a été trahi et manipulé, il est normal de devenir méfiant.

Mise à jour 16:

Il arrive souvent que les victimes de harcèlement rencontrent méfiance et incrédulité, même parmi les thérapeutes et les avocats. On leur dit qu’elles ont été trop naïves, et elles se reprochent de n’avoir pas vu venir l’agression. En réaction, elles s’installent facilement dans une méfiance généralisée et en viennent à douter de tout le monde. On voit alors apparaître une rigidification réactionnelle avec souvent un sentiment de persécution, qui peut aller jusqu’au délire.

Mise à jour 17:

La défense par la psychose

C’est un mécanisme que notre psychisme met en œuvre pour résister dans un contexte hostile et qui consiste à s’identifier à ce qu’on nous reproche d’être. Quand on dit à quelqu’un : « Tu es fou » ou « Tu es paranoïaque », il devient effectivement fou ou paranoïaque. quand on lui dit : « Tu es nul », la personne perd ses moyens et se sent devenir nulle. On la traite de paranoïaque et, après un certain temps, on la pousse à devenir méfiante, rigide, procédurière.

Mise à jour 18:

 C’est le pouvoir des mots qui font acte et qui, par injonction, transforment l’autre.

On voit que le harcèlement moral est un processus particulier où une personne finit (le sujet harcelé) par devenir ce qu’on lui reproche d’être.

4 réponses

Évaluation
  • il y a 4 semaines
    Meilleure réponse

     Il y a des méthodes comme l'emdr qui fonctionne bien pour " effacer" le coté traumatique de l'affaire.

    Bien sur que c'est grave et ce que vous décrivez relève de la perversité, donc normal que la personne se sente détruite, perde toute confiance en elle etc . Ce n'est pas fait par hasard, mais souvent difficile à prouver parce qu'effectivement les autres ont peur de perdre leur emploi, et tout est basé là dessus. Les petits ou grands chefs qui emploient ces méthodes le savent bien. Il faut enregistrer discrètement les réflexions et les brimades,  et écrire au jour le jour ce qui se passe,  à un avocat. 

    Ce sont les belles méthodes outre atlantique, les méthodes des groupes, on ne voit pas ça dans les petites boites. ou moins.

    il ne faut pas  hésiter à porter plainte, même sans preuve, ils voient que vous n'êtes pas dupes et prête à vous défendre. Ca peut les calmer un peu.

    La reconstruction c'est forcément via une thérapie,  avec un psychiatre.  mais surtout pas penser " je vais y arriver toute seule"'  c'est une erreur. Quittez l'emploi aussi, ou mettez  vous en arrêt maladie long; ça leur fera les pieds!  et puis retrouvez vos repères à vous,  ne vous laissez plus manipuler.

    Vous n'êtes pas qu'une employée !  pas plus qu'une épouse si vous êtes mariée ou une mère si vous avez des enfants ou une fille si vous avez vos parents  etc..

     vous êtes autre chose en dehors de toutes ces " fonctions". Donc  abandonnez le temps qu'il faut cet emploi qui vous a miné et prenez le temps de vous reconstruire autrement, peut être en choisissant une formation pour faire autre chose, tournez la page !  peut être en vous mettant à peindre ou écrire, ou en vous lançant  dans quelque chose de nouveau, mais surtout en allant faire une thérapie,  ça permet d'aller plus vite, et surtout d'être entendu par quelqu'un de compétent. Si vous avez les moyens essayez l'Emdr, ça fonctionne bien sur ce genre de trauma. et pardonnez vous de n'avoir pas eu la force de vous défendre contre des cons destructeurs !

     je lis vos autres ajouts,  il n'y a pas que les choix que vous dites,  il faut du temps,  mettez vous ça dans la tête. Bien sur que vous serez différente, dans la mesure où vous avez vécu une expérience traumatisante, mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez plus vivre ou avancer. Ne chercher pas à être " comme avant",   avancer autrement, prenez un autre chemin, mais surtout prenez le  TEMPS. Après chaque personne a une résistance différente aux coups de la vie, la résilience de chacun lui est propre, mais SURTOUT ne vous roulez pas dans votre  douleur, ou votre sensation de vide intérieur,  il en va aussi de votre volonté d'avancer, passer à l'acte d'autre chose.  Il y a une vie après les traumas,  j'en suis le vivant exemple ! mais on est différent oui... et alors ? faut se dire qu'on devient surtout moins vulnérables, et plus " soi même".

    • Loupiotte
      Lv 7
      il y a 4 semainesSignaler

       et puis prenez conscience SURTOUT , que vous n' ETES pas votre trauma... c'est très important!

  • il y a 4 semaines

    En France il engage des poursuites, aux USA il engage un chargeur dans son AK47 et fait un carnage.

    • Anne-Onyme EALOR
      Lv 6
      il y a 4 semainesSignaler

      pour moi aucune de ces 2 réactions n'est envisageable. je ne suis pas encore haineuse, ni procéduriere, mais lasse fatiguée et dégoutee, et donc pas question de me lancer dans une lutte judiciaire perdue d'avance (l'état-employeur est inattaquable). ce que je veux c'est remonter la pente.

  • il y a 4 semaines

    OOUUUUF !!!!!!!

  • llullu
    Lv 4
    il y a 4 semaines

    Je ne crois pas à la psy

    • Loupiotte
      Lv 7
      il y a 4 semainesSignaler

       c'est pas une religion non plus  ^^ mais la psy est une discipline très large, et je peux vous assurez que ça fonctionne à 99 % si les gens veulent guérir bien sur ...

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