Marc Raph a posé la question dans Societé et cultureReligions et spiritualité · il y a 1 décennie

Appréciez-vous ce chant-poème mystique "l'Eloge du Vin" métaphore du cheminement spirituel en Islam ?

« L’éloge du vin » (al Khamriya)

Nous avons bu à la mémoire du Bien-Aimé un vin dont nous nous sommes enivrés avant la création de la vigne.

La pleine lune est son verre ; et lui est un soleil que fait circuler un croissant. Que d’étoiles resplendissent quand il est mélangé !

Sans son parfum, je n’aurais pas trouvé le chemin de ses tavernes. Sans son éclat, l’imagination ne pourrait le concevoir.

Le temps en a si peu conservé qu’il est comme un secret caché au fond des poitrines.

Si son nom est cité dans la tribu, ce peuple devient ivre sans déshonneur et sans péché.

Il est monté peu à peu au fond des vases et il n’en reste en vérité que le nom.

Qu’il vienne un jour à l’esprit d’un homme, la joie s’empare de celui-ci et le chagrin s’en va.

La seule vue du cachet posé sur les vases suffit à faire tomber les convives dans l’ivresse.

S’ils arrosaient d’un tel vin la terre d’un tombeau, le mort retrouverait son âme et son corps serait revivifié.

Etendu à l’ombre du mur de sa vigne, le malade déjà agonisant retrouverait aussitôt sa force.

Près de ses tavernes, le paralytique marche et les muets se mettent à parler au souvenir de sa saveur.

Si les souffles de son parfum s’exhalent en Orient, un homme privé d’odorat devient dans l’Occident capable de les sentir.

Celui qui tient la coupe, la paume fardée de ce vin, ne s’égarera pas dans la nuit ; il tient un astre dans la main.

Un aveugle-né qui le recevrait dans son cœur recouvrerait aussitôt la vue. Le bruissement de son filtre fait entendre les sourds.

Si dans une troupe de cavaliers se dirigeant vers le terroir qui lui donne naissance, quelqu’un est piqué par une bête venimeuse, le poison ne lui fait pas de mal.

Si l’enchanteur trace les lettres de son nom sur le front d’un possédé, ces caractères le guérissent.

Brodé sur l’étendard de l’armée, ce nom enivre tous ceux qui marchent sous l’étendard.

Il polit le caractère des convives et par lui se conduisent dans la voie de la raison ceux qui n’ont pas de raison.

Celui dont la main n’a jamais connu la largesse devient généreux, et celui qui n’avait pas de grandeur d’âme apprend à se modérer, même dans la colère.

Si le plus stupide des hommes pouvait baiser le couvercle de son aiguière, il arriverait à comprendre le sens de ses perfections.

On me dit : « Décris-le, toi qui es si bien informé de ses qualités. » - Oui, en vérité, je sais comment le décrire.

C’est une limpidité et ce n’est pas de l’eau, c’est une fluidité et ce n’est pas de l’air, c’est une lumière sans feu et un esprit sans corps.

Son verbe a préexisté éternellement à toutes les choses existantes alors qu’il n’y avait ni formes ni images.

C’est par lui qu’ici subsistent toutes les choses, mais elles le voilent avec sagesse à qui ne comprend pas.

En lui mon esprit s’est éperdu de telle sorte qu’ils se sont mêlés tous deux intimement ; mais ce n’est pas un corps qui est entré dans un corps.

Vin et non vigne : j’ai Adam pour père, vigne et non vin : sa mère est ma mère.

La pureté des vases en vérité vient de la pureté des idées ; et les idées, c’est lui qui les fait croître.

On a fait une distinction, mais le tout est un, nos esprits sont le vin et nos corps la vigne.

Avant lui, il n’y a pas d’ « avant », et après lui il n’y a pas d’ « après » ; le commencement des siècles a été le sceau de son existence.

Avant que le temps fut, il a été sous le pressoir. Le testament de notre père n’est venu qu’après lui ; il est comme un orphelin.

Telles sont les beautés qui inspirent pour le louer les proses harmonieuses et les vers chantants.

Celui qui ne le connaît pas encore se réjouit de l’entendre citer, comme l’amant de Nou’m d’entendre le nom de Nou’m.

Ils ont dit : « Tu as pêché en le buvant. » - Non certes, je n’ai bu que ce dont j’eusse été coupable de me priver.

Heureux les gens du monastère ! Combien ils se sont enivrés de ce vin ! Et pourtant, ils ne l’ont pas bu, mais ils ont eu l’intention de le boire.

Avant ma puberté, j’ai connu son ivresse ; elle sera encore en moi quand mes os seront poussière.

Prends-le pur, ce vin, ou ne le mêle qu’à la salive du Bien-Aimé ; tout autre mélange serait coupable.

Il est à ta disposition dans les tavernes ; va le prendre dans toute sa splendeur. Qu’il est bon de le boire au son des musiques !

Car nulle part ailleurs il n’habite avec la tristesse, comme n’habitent jamais ensemble les chagrins et les concerts.

Si tu t’enivres de ce vin, fût-ce la durée d’une seule heure, le temps sera ton esclave docile et tu auras la puissance.

Il n’a pas vécu ici-bas, celui qui a vécu sans ivresse, et celui-là n’a pas de raison qui n’est pas mort de son ivresse.

Qu’il pleure sur lui-même, celui qui a perdu sa vie sans en prendre part.

Omar Ibn al Farid

Mise à jour:

PS : ce qui est marrant et à la fois désolant, c'est que ces poèmes mystiques soufis, lorsqu'ils évoquent le Vin (qui équivaut dans le langage chrétien à l'Esprit Saint), sont interprétés de façon littérale par les littéralistes et intégristes, alors qu'il ne s'agit que d'allusions spirituelles à des expériences mystiques ineffables.

Mise à jour 2:

@IPAR : désolé, j'ai plein de traductions mais pas les originaux en arabe, car je ne maîtrise pas très bien l'arabe. Mais il suffirait que je demande à des amis

14 réponses

Évaluation
  • il y a 1 décennie
    Meilleure réponse

    "C’est une limpidité et ce n’est pas de l’eau, c’est une fluidité et ce n’est pas de l’air, c’est une lumière sans feu et un esprit sans corps.

    Son verbe a préexisté éternellement à toutes les choses existantes alors qu’il n’y avait ni formes ni images.

    C’est par lui qu’ici subsistent toutes les choses, mais elles le voilent avec sagesse à qui ne comprend pas.

    En lui mon esprit s’est éperdu de telle sorte qu’ils se sont mêlés tous deux intimement ; mais ce n’est pas un corps qui est entré dans un corps."

    magnifique !

    Ne sois pas triste à cause de certaines réactions, ton poème est une louange à l'Esprit de Dieu...Un souffle d'amour à garder précieusement en soi.

    Mais certains ne peuvent pas comprendre, parce que leur coeur est fermé....

  • Anael
    Lv 7
    il y a 1 décennie

    "C’est une limpidité et ce n’est pas de l’eau, c’est une fluidité et ce n’est pas de l’air, c’est une lumière sans feu et un esprit sans corps."

    Satiété et soif en même temps, buisson entièrement Lumière et Présence, faut reconnaître que la mystique soufi est très attirante, riche et passionnante.

    Bisous @Sarah, Djua

    Salut, salam à tous

  • Michel
    Lv 7
    il y a 1 décennie

    Ca me rappelle quelques quatrains d'Omar Khayyam...

    Conforte moi d´un vin méritant bon accueil,

    Donne à ma peau le ton du rubis charmant l´oeil,

    Enfin, lave de vin ma dépouille mortelle,

    Et du bois de la vigne alors fais mon cercueil.

    De l´infini profond les cieux versent des fleurs,

    La rosée au jardin verse en riant ses pleurs,

    La tasse aux flancs creusés nous verse le vin rose

    Et les soleils couchants, eux, versent les douleurs.

    Le vin prohibé, tout dépend du personnage

    Qui le boit, de son prix et du compagnonnage.

    Ayant réalisé ces trois conditions,

    Dis : ´ Qui donc boit du vin, qui, si ce n´est le sage ?´

    @Djua et @ Springworld: bien le bonsoir...

  • Sarah
    Lv 4
    il y a 1 décennie

    Bien dit @Djua ! ;-)

    Bonjour (oui, j'arrive un peu tard ;-) ) @Michel ! Il y a longtemps que je ne t'avais pas salué.

    Bonjour @Anael également.

  • Que pensez-vous des réponses ? Vous pouvez vous connecter afin de voter pour la réponse.
  • il y a 1 décennie

    Juste une petite question: Le vin n'est-il pas prohibé selon l'islam ?

    Si oui, pourquoi lui en faire un éloge ?

    Merci et bonne journée !

    Édit: Parfait ! Vous m'avez donndé la réponse que je recherchait et je vous en remercie.

  • il y a 1 décennie

    ou as tu trouvé ça? Peux tu m'envoyer le texte arabe s'il te plaît? Je connais ibn el faredh mais je n'ai jamais lu qq chose sur ibn alfarid.

    Pour les commentaires négatifs que j'ai lu à propos du vin.

    Ne prenez pas ça mal .L'inconnu est tjrs mal compris et apprécié.

    j'attends le texte en arabe patiemment.

  • il y a 1 décennie

    NON ! Et j'en ai rien à ........ !

  • Anonyme
    il y a 1 décennie

    Je suis convaincu, je cours me pinter à la santé du Prophète.

  • il y a 1 décennie

    bullshit!

  • il y a 1 décennie

    ce qui est sur c'est que l'alcool tel qu'il soit est interdit par l'islam vu tut ce qu'il pet causer à l'individu et à l'humanité comme malaises

    1ère qyestion pourquoi tu t'alarmes contre unb tel poème qu'est ce qui ne' va pas? DU MOMENT QUE TU N4A RIEN CONTRE LE VIN!

    2ème pourquoi ne choisir pour parler de l'islam que certaines proles ou excrétions de certains ratés comme celui ci si vraiment c texte existe si n'est pas l'effet d'une gorgé de plus que tuas prise.

    -l'islam est au dessus de toute atteinte qupi que vous fassiez c'est la religion ar Dieu toute l'humanité, heureux est celui qui s'y accroche avant qu'il ne soit trop tard.

    le souffisme est bannit par un grand nombre d'ulémas musulmans sauf pour les exerçants qui puisent du coran et de la sunna qui sont accéptés.

    en fin qu'est ce que vous voulez en montrant un tel texte?porter atteinte à l'islam! ah ça jamais tu n'y ariveras pas crois moi le livre le plus vendu selon les statistiques aujourd'hui c'set le coran, et qui sait peut etre que tu fais comme ça tu peux sans le vouloir etre la cause pour que quelqu'un se convertisse en islam. au revoir et à ta conversion prochaine !

Vous avez d’autres questions ? Pour obtenir des réponses, posez vos questions dès maintenant.