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La question de l’intérêt
"Quant à la question de l’intérêt, on peut en dire autant. L’intérêt est-il licite dans la Thora et l’Évangile ? Certainement pas ! L’Islam n’a pas innové lorsqu’il a prohibé l’intérêt : il n’a fait que réaffirmer l’interdiction déjà formulée dans les anciennes révélations ! Les Juifs et les Chrétiens savent pertinemment que l’intérêt est condamné par leurs religions respectives. Les Juifs ont retenu ce caractère condamnable dans leurs transactions intra-communautaires, mais se sont donné carte blanche pour abuser illégalement des biens des autres.
Les Chrétiens les ont suivis dans cette déviance et ont rendu l’intérêt licite, alors qu’auparavant, il était prohibé. Au fil des siècles, la condamnation de l’intérêt a totalement disparu, au point que de nos jours, cette pratique est devenue l’un des fondements de l’économie mondiale. Aucune notion de péché ne lui est désormais associée !
Lorsque les pays européens ont aidé la Pologne à se redresser, lui octroyant des prêts très importants, j’ai pensé que ce soutien relevait d’un sentiment de solidarité dicté par la fraternité chrétienne. Car en Pologne, la population est très conservatrice et très proche de son Église, en déphasage total par rapport au pouvoir communiste N’oublions pas non plus que le Pape est lui-même d’origine polonaise !
Mais, manifestement, je me suis trompé. L’Occident pratiquait bel et bien l’usure avec une population dans le besoin. Et quelle usure ? Monsieur Mahmûd Sayf Ad-Dîn écrit dans la revue Al-Iqtisâd Al-Islâmî (L’économie islamique) : « La Pologne est au bord d’un terrible désastre, après avoir été incapable de rembourser les 500 millions de dollars d’intérêts sur les dettes de la seule année 1981. Elle a été contrainte à emprunter 350 millions de dollars supplémentaires pour pouvoir rembourser les intérêts dus en cette année catastrophique. »
Un banquier et créancier anglais a déclaré qu’il aimerait que les Soviétiques occupent la Pologne afin que les garants russes lui payent les intérêts qui lui sont dus !
Ces propos sont clairs : l’argent est plus important que la religion et la liberté du peuple polonais. Le plus étonnant est qu’aucun responsable catholique n’a daigné rappelé aux politiciens et économistes occidentaux que l’intérêt est illicite ! Cette prohibition a complètement disparu de tous les esprits ! Les hommes d’Église sont plus occupés par l’éradication de l’Islam en Afrique et en Asie, et n’ont guère le temps de penser au licite et à l’illicite.
Les Musulmans ont toujours considéré l’intérêt comme l’un des péchés les plus graves qui soient. Malgré les défaites subies par l’Islam, notre conscience religieuse persiste à rejeter l’intérêt, peu ou prou.
Mais cette position passive, dans un monde dynamique, ne vaut pas grand-chose. Les gens tomberont inéluctablement dans l’illicite, si nous ne leur facilitons pas la voie et ne les poussons pas de toutes nos forces vers le licite. Il était du devoir des Musulmans de proposer des transactions alternatives non usuraires, et d’ériger pour ce faire des institutions altières. Quoiqu’il en soit, et comme il vaut mieux tard que jamais, ils se sont enfin réveillés : les banques islamiques ont commencé à apparaître par-ci par-là.
Certaines personnes s’imaginent que cette expérience des banques islamiques résoudra immédiatement tous les problèmes. C’est une erreur, car entre la théorie et la pratique, il y a une distance dont seul le temps peut venir à bout. D’autres personnes veulent au contraire adopter n’importe quel slogan. C’est aussi une erreur, car autant l’Islam est-il un innovateur dans le domaine du culte — comme le rappelle Ibn Al-Qayyim — autant n’est-il qu’un rénovateur dans le domaine des relations humaines. L’important pour l’Islam est de prémunir les hommes contre la flouerie, l’escroquerie et les abus.
Lorsque nous aurons réussi à mener à bien nos projets, c’est-à-dire à garantir des revenus licites et à épurer les bénéfices de l’intérêt, alors nous pourrons changer toute l’économie mondiale. Partant, j’appelle tous les détracteurs qui guettent le moindre faux pas de ces jeunes banques islamiques à craindre Dieu et à soutenir ces institutions financières jusqu’à leur succès."
Sources :
(MOHAMED EL GHAZALI )
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- merci beaucoup