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Des offices HLM et des agences d'immobilier et d'intérim sont épinglées pour leurs pratiques de fichage ethno-racial dans un rapport rendu public mercredi par SOS Racisme.
Plusieurs grandes entreprises, dont Air France, établissent également une typologie raciale de leurs salariés, selon SOS Racisme, qui éprouve les plus grandes difficultés à faire condamner ces pratiques.
L'association déplore en outre que les victimes ne soient pas toujours au fait de l'illégalité de ces pratiques.
Plusieurs motifs mènent au fichage ethno-racial. Le marketing pousse à choisir les individus car leur couleur de peau ou leur origine s'associerait mieux, dans l'esprit d'un employeur, à la clientèle ou au produit.
Ainsi, pour répondre aux requêtes de L'Oréal, qui souhaitait faire présenter ses produits par des jeunes femmes blanches, les agences d'intérim du groupe Adecco codaient ces dernières "BBR" (pour Bleu Blanc Rouge).
Les "non BBR", qui composaient près de 40% des intérimaires vendeuses de produits pour cheveux, n'étaient plus que 5% à présenter un produit de L'Oréal.
Eurodisney fixait à 20% maximum le pourcentage d'intérimaires "non BBR" pour son activité de restauration. Sur le site internet de recrutement, le candidat doit indiquer son pays d'origine en distinguant la métropole et les Dom-Tom.
QUOTAS DANS LES IMMEUBLES
Dans le secteur du logement, le fichage "est directement fondé sur l'idéologie raciste qui affecte aux individus des comportements en fonction de leur origine", écrit SOS Racisme.
Certaines personnes sont victimes d'une politique de quotas, visant à ce qu'il n'y ait pas trop d'étrangers dans un même immeuble.
"La politique des 'quotas' est à son tour fondée sur l'idéologie raciste qui proclame 'c'est quand ils sont nombreux qu'il y a des problèmes'", ironise SOS Racisme, en référence à une phrase prononcée en septembre dernier par Brice Hortefeux. Le ministre de l'Intérieur avait alors dit évoquer les Auvergnats et non les Maghrébins.
L'Opac de Saint-Etienne, condamnée en 2009, classait les personnes selon un code couleur attribué en fonction de la consonance des noms des locataires: vert pour l'origine maghrébine, rouge pour l'africaine et jaune pour l'asiatique.
A partir de ces fichiers, ordre était donné de "stopper" ou "d'infiltrer à dose homéopathique" les locataires dotés d'un code couleur pour qu'il n'y ait pas plus de 7% de noms à consonance étrangère dans les immeubles les plus prisés.
"En conséquence de quoi, 90% des locataires d'origine extra-européenne étaient concentrés dans les immeubles ghettos de l'organisme HLM", note SOS Racisme.
La société gérante de logements Logirep, mise en examen en juin 2009, allait même jusqu'à classer les Réunionnais blancs de peau dans le fichier "France" et les noirs dans le fichier "Réunion".
SOS Racisme a aussi enquêté sur un fichage ethno-racial dans une entreprise dont l'Etat est actionnaire: Air France.
La compagnie aérienne, dénoncée par la CFDT en 2008, a mis en place un formulaire pour identifier les personnels navigants aptes à servir sur les vols spécialement affrétés pour les voyages officiels ou les clubs sportifs.
Ce document, rempli par le supérieur des personnels navigants, mentionne la taille, la couleur des cheveux et des yeux et la "typologie raciale: africain, antillais, asiatique, eurasien, indien, méditerranéen, occidental".
Après une démarche vaine de SOS Racisme auprès de la Cnil (Commission nationale informatique et libertés), une enquête est en cours au tribunal de grande instance de Bobigny.
Edité par Sophie Louet
