L'activité morale est équivalente à l'aptitude que possède l'être humain de s'imposer à lui-même une règle de conduite, de choisir entre plusieurs actes possibles celui qu'il considère comme bon, de se libérer de son égoïsme et de sa méchanceté. Elle crée en lui le sentiment d'une obligation, d'un devoir.
Elle n'est observable que chez un petit nombre d'individus. En général elle reste à l'état virtuel.
On ne peut pas douter cependant de sa réalité.
Si le sens moral n'existait pas, Socrate n'aurait pas bu la cigüe. Aujourd'hui encore, on le rencontre dans certains groupes sociaux et dans certains pays. Et parfois même à un très haut degré. Il a existé à toutes les époques. Au cours de l'histoire de l'humanité il a montré son importance primordiale. Il tient à la fois de l'intelligence et du sens esthétique et religieux. Il nous fait distinguer le bien du mal, et choisir le bien de préférence au mal. Chez l'être hautement civilisé, la volonté et l'intelligence sont une seule et même fonction. Elles donnent à nos actes la valeur morale.
Comme l'activité intellectuelle, le sens moral vient d'un certain état structural et fonctionnel de notre corps. Cet état dépend à la fois de la constitution immanente de nos tissus et de notre esprit, et aussi des facteurs physiologiques et mentaux qui ont agi sur chacun de nous pendant notre développement.
Dans le Fondement de la Morale, Schopenhauer constate que les êtres humains ont des tendances innées à l'égoïsme, à la méchanceté ou à la pitié. Comme l'écrit Gallavardin, il y a parmi nous les égoïstes purs auxquels le bonheur ou le malheur de leurs semblables est également indifférent. Il y a ceux qui éprouvent du plaisir à voir l'infortune ou la souffrance des autres, et même à les provoquer. Il y a enfin ceux qui souffrent véritablement de la douleur de tout être humain. Ce pouvoir de sympathie engendre la bonté, la pitié, la charité et les actes qui en découlent. La capacité de sentir la souffrance des autres fait l'être moral qui s'efforce de diminuer parmi les hommes la douleur et le poids de la vie. Chacun de nous naît bon, médiocre ou mauvais. Mais, de même que l'intelligence, le sens moral est susceptible de se développer par l'éducation, la discipline et la volonté.
La définition du bien et du mal est basée à la fois sur la raison et sur l'expérience millénaire de l'humanité.
Elle correspond à des exigences fondamentales de la vie individuelle et sociale. Elle est, dans certains détails, arbitraire. Mais, à une époque donnée et dans un pays donné, elle doit être la même pour tous les individus. Le bien est synonyme de justice, de charité et de beauté. Le mal, d'égoïsme, de méchanceté et de laideur. Dans la société moderne, les règles théoriques de la conduite sont basées sur les vestiges de la morale chrétienne. Mais presque personne n'y obéit. L'homme moderne a rejeté toute discipline de ses appétits. Cependant les morales biologiques et industrielles n'ont pas de valeur pratique, parce qu'elles sont artificielles et ne considèrent qu'un aspect de l'être humain. Elles ignorent les activités psychologiques les plus essentielles. Elles ne nous donnent pas une armature suffisamment solide et complète pour nous protéger contre nos vices immanents. Afin de garder Son équilibre mental et même organique, chaque individu est obligé d'avoir une règle intérieure. L'état peut imposer par la force la légalité, mais non les lois de la morale. Chacun doit comprendre la nécessité de faire le bien et d'éviter le mal, et se soumettre à cette nécessité par un effort de sa propre volonté. L'Église catholique, dans sa profonde connaissance de la psychologie humaine, a placé les activités morales bien au-dessus des intellectuelles. Les individus qu'elle honore plus que tous les autres ne sont ni les conducteurs de peuples, ni les savants, ni les philosophes. Ce sont les saints, c'est-à-dire ceux qui de façon héroïque ont été vertueux.
Nous n'avons presque jamais l'occasion d'observer, dans la société moderne, des individus dont la conduite soit inspirée par un idéal moral. Cependant, de tels individus existent encore. Il est impossible de ne pas les remarquer quand on les rencontre. La beauté morale laisse un souvenir inoubliable à celle ou celui qui, même une seule fois, l'a contemplée. Elle nous touche plus que la beauté de la nature, ou celle de la science. Elle donne à celui qui la possède un pouvoir étrange, inexplicable. Elle augmente la force de l'intelligence. Elle établit la paix entre les hommes. Elle est, beaucoup plus que la science, l'art et la religion, la base de la civilisation.