J'ai un ami qui réside à la campagne, aux confins d'un village sis dans les Ardennes. Sa maison, en vieilles pierres, est dotée d'un grand jardin, en partie potager, et il a quelques animaux domestiques qui se promènent de ci, de là, profitant du soleil, quand il y en a: une douzaine de poules, un coq qui va avec, quelques canards et, dans un clapier aux portes solides, un lapin soigneusement séparé de ses deux compagnes lapines.
C'est ici que le problème commence.
Les deux lapines sont, respectivement, blanche et brune. Le lapin est gris, non castré et, quand on lui en donne l'occasion, exprime un tempérament de feu, un appétit sexuel féroce, digne de le mettre, comme acteur principal, dans un film olé olé.
Mon ami, plutôt que de suivre l'aimable tradition campagnarde de nommer ces trois charmantes bestioles, "Blanchette", "Brunette" et "Couilles sur pattes" (ou quelque chose d'avoisinant), a trouvé spirituel de les appeler, "Mittérande", "Pingeotte" et, pour le mâle, vous l'aurez deviné: "François".
Les lapereaux qui font les portées, quelques soient leur nombre et leur sexe, sont invariablement nommés "Mazarine". Mais comme ils ne se font jamais de vieux os (il les distribue à qui n'en veut, dans le village), ils semblent rester assez indifférents à cette manière collective de les nommer.
Or, le maire du riant village dont je parlais plus haut, est un militant socialiste obtus, comme on en faisait que dans les films de Don Camillo (il est instituteur, ce maire, c'est tout dire) et sa rage ne connait plus de bornes, depuis qu'il a appris la plaisante manière dont mon ami nomme ses lapins. Il a envoyé à plusieurs reprises le garde champètre, dans le but évident de l'intimider (mon ami donc), sans résultat probant, sinon de pousser mon ami à crier les noms des trois bestiaux encore plus fort.
Le maire lui fait maintenant envoyer du papier timbré et menace de le traîner en justice pour offense au chef de l'Etat.
Mon ami répond que feu le président Mitterand n'est plus chef de l'Etat depuis belle lurette, et qu'il peut nommer ses animaux comme il le veut.
Avant que cette affaire aille jusqu'aux assises, ou pire; qui a raison? Le maire, ou mon ami?
Merci pour vos promptes réponses, vu que mon ami, fort remonté contre le Parti Socialiste, en général, et le maire de son village, en particulier, médite de changer le nom de sa chèvre, une adorable biquette bicolore qui mange tout, tout, tout, de Coralie (c'est ainsi qu'elle est appelée à ce jour) en Ségolène.

