Dans l'absolu, le jounaliste (dont je suis) devrait rendre compte des évènements de manière objective. Mais le regard personnel et les contraintes de notre profession rendent notre travail forcément subjectif.
Un article de presse ne sera jamais un rapport de comptabilité, "certifié exact". Le fait brut (comme la dépêche d'agence), sans commentaire ni analyse, sans point de vue personnel, n'existe pas. Exemple : "un homme armé d'un pistolet-mitrailleur a tué six personnes dans un supermarché" : tel est le fait brut, mais cela ne m'apprend rien. Je veux savoir "qui, où, comment, quand" et, surtout, "pourquoi". Je demande donc au journaliste de me relater un fait, si possible dans un style qui m'accroche, puis de m'aider à comprendre la portée de cet évènement. Je lui demande donc de l'objectivité, mais aussi de me faire partager ce qu'il a vu, approché, compris, donc de la subjectivité. La réponse à notre question ne peut être catégoriquement "oui" ou "non". A ceux qui craignent de voir la subjectivité déformer la vérité, nous répondrons que le lecteur a, lui aussi, sa subjectivité et un sens critique, capables de contrebalancer ceux du journaliste.
Sources :
Dans un milieu où les mobiles sentimentaux tiennent la place essentielle, l'observateur objectif est asocial, avec tous les risques de cette situation.